Goma : le calvaire quotidien des enfants du commerce ambulant, entre survie et abandon scolaire
Ils ont entre 8 et 16 ans. Dès l'aube, ils arpentent les rues poussiéreuses de Goma, la tête chargée de chapatis, d'œufs ou de beignets. Faute de moyens, beaucoup ont troqué le cartable contre une bassine de marchandises. Reportage au cœur du commerce ambulant des enfants, entre survie, violences et rêves brisés.
Dans les quartiers populaires de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, des enfants âgés de moins de 18 ans sont visibles du matin au soir, marchant sous le soleil ou sous la pluie, une marchandise sur la tête ou dans les bras. Ils proposent des chappattis, des œufs, des beignets et d'autres denrées de première nécessité, espérant attirer l'attention d'un acheteur.
Pour la plupart, ce commerce ambulant n'est pas un choix, mais une obligation imposée par la précarité. « Chaque matin, je suis obligé de me réveiller très tôt pour préparer les crêpes. Une fois la préparation terminée, je parcours plusieurs quartiers de la ville à pied à la recherche de clients », raconte un jeune vendeur âgé de 13 ans.


Arrivé en ville chez son oncle pour étudier, il a dû abandonner l'école en quatrième année primaire faute de ressources financières. « Aujourd'hui, cette activité constitue mon seul moyen de subvenir à mes besoins ainsi qu'à ceux de ma famille », confie-t-il, le regard lourd de maturité précoce.
Heshima, 16 ans, vend des beignets dans les artères de Goma. Son histoire ressemble à celle de tant d'autres. Il a quitté le village de Nyanzale en avril 2026, fuyant probablement l'insécurité qui ravage cette partie du territoire. « Chaque soir, j'achète un kilo de farine ainsi que les ingrédients nécessaires pour préparer mes beignets. Le matin, je les prépare avant de parcourir différents quartiers pour les vendre », explique-t-il.


Mais son récit dévoile aussi une réalité plus sombre : celle de l'exploitation et de la violence quotidienne. « Il arrive que certains adultes me demandent des beignets mais refusent ensuite de me payer. Lorsque j'insiste, ils me menacent ou risquent de me frapper. Je suis alors obligé de leur laisser les beignets sans recevoir d'argent. Malgré ces difficultés, je continue cette activité parce qu'elle constitue mon seul moyen de survie. Je n'ai jamais eu l'occasion d'aller à l'école », souligne-t-il, sans colère apparente, juste une lassitude résignée.
Selon des observations de terrain, plus de vingt enfants sillonnent quotidiennement plusieurs quartiers de Goma pour exercer ce commerce ambulant. Pour la grande majorité d'entre eux, cette activité représente l'unique source de revenus pour couvrir leurs besoins élémentaires et parfois ceux de leur famille restée au village.
Pourtant, derrière cette apparente débrouillardise se cache une enfance sacrifiée. Ces jeunes vendeurs sont exposés à de multiples dangers : accidents de circulation sur des axes souvent mal éclairés et dépourvus de trottoirs, exploitation économique par certains adultes sans scrupules, violences physiques et psychologiques en cas de refus de paiement, et surtout, un abandon scolaire quasi généralisé.
Sans protection sociale, sans structure d'accueil adaptée, ils grandissent dans la rue, privés du droit fondamental à l'éducation et à une enfance digne.
À Goma, le commerce ambulant des enfants n'est pas un détail, c'est un signal d'alarme que la ville semble avoir appris à regarder sans voir.
Vivianne LUkangila Bahati