RDC : Multiplication des arnaques mobiles contre les enseignants ruraux, l’urgence d’agir

​​​​​​​Les enseignants des zones rurales du Nord-Kivu subissent une vague inquiétante d’arnaques sur leurs comptes de mobile money, particulièrement pendant les périodes de paie. Par SIM swap, usurpation de numéro et vol de mots de passe, des escrocs siphonnent les salaires avant que les victimes n’y accèdent. Témoignages à l’appui, ce fléau plonge des familles dans une détresse profonde. Une réaction urgente des opérateurs de mobile money et une sensibilisation accrue s’imposent.

RDC : Multiplication des arnaques mobiles contre les enseignants ruraux, l’urgence d’agir
Ph. Tiers

La joie de la paie tourne trop souvent au cauchemar pour les enseignants des territoires ruraux du Nord-Kivu. Depuis plusieurs mois, ils sont nombreux à dénoncer une série d’arnaques ciblées qui vident leurs comptes de mobile money avant même qu’ils ne retirent leur salaire.

« Nous ne travaillons pour rien » : témoignages des enseignants.

Dans le territoire de Rutshuru, une enseignante de 34 ans raconte sa mésaventure :
« J’ai marché plus de deux heures pour atteindre le centre de retrait. Quand l’agent m’a dit que mon compte était déjà à zéro, j’ai cru qu’il se trompait. On avait retiré tout mon salaire la veille. Je n’ai même pas vu un seul franc. »

Un autre enseignant, rencontré, affirme que ce phénomène n’est plus un cas isolé :
« Chaque mois, quelqu’un est victime ici. Les voleurs savent quand le salaire tombe, ils connaissent nos numéros, parfois même nos adresses. Ils changent la carte SIM sans que nous le sachions. Nous avons signalé plusieurs fois, mais rien ne change. »

Un directeur d’une école de Nyamilima ajoute : « Lorsque mon adjoint a perdu son salaire à cause d’un swapping, il n’a pas pu payer les frais médicaux de son enfant. Ce genre de vol détruit des familles entières. »

Un phénomène devenu presque “normalisé”

Selon les enseignants, ces arnaques suivent souvent le même schéma : « Le voleur récupère ou devine un code PIN trop simple ; Il effectue un SIM swap auprès d’un point mobile mal contrôlé ; Il prend possession du numéro et le compte mobile serait alors vidé avant que l’enseignant n’arrive au point de retrait »

« Quand le salaire tombe, nous prions Dieu que le téléphone reste allumé et que le réseau ne disparaisse pas. C’est devenu cette peur-là qui nous accompagne chaque mois », confie un enseignant Mumbere.

Les opérateurs de mobile money interpellés

Les victimes pointent du doigt une absence de sécurité suffisante. « Comment quelqu’un peut récupérer ma SIM sans une vérification stricte de mon identité ? », s’interroge une enseignante Gloria.
Elle poursuit : « Quand on va réclamer, on nous dit que c’est compliqué. Pourtant, ils voient les mouvements, ils voient que l’argent est parti vers un numéro qu’on ne connaît même pas. »

Les enseignants appellent les maisons de mobile money à : renforcer les procédures de SIM swap, créer un mécanisme d’alerte en temps réel, offrir une assistance rapide aux victimes et afin tracer les transactions suspectes liées aux périodes de paie.

Sensibilisation urgente des enseignants

Les éducateurs eux-mêmes reconnaissent une part de négligence : « Beaucoup d’enseignants gardent encore des codes PIN comme 0000, 1234 ou leur année de naissance. Nous devons changer nos habitudes », explique un responsable de syndicat local.

Les recommandations principales sont simples : changer régulièrement le code PIN, éviter de le partager, ne pas le noter sur un support visible et effectuer immédiatement un blocage en cas de perte de réseau ou de carte SIM.

Une menace directe pour la survie des familles

Pour des enseignants dont le salaire est déjà modeste, perdre un mois de revenu est dramatique.
« Nous vivons au jour le jour. Si quelqu’un vole mon salaire aujourd’hui, ma famille ne mange pas demain », témoigne un enseignant Rafiki.

Ce fléau ne doit plus être banal. Protéger les salaires des enseignants, c’est protéger l’éducation, la dignité et la stabilité des familles rurales. Une mobilisation conjointe autorités, opérateurs télécoms, syndicats et communauté éducative est indispensable pour arrêter une spirale qui ruine des vies silencieusement.

La rédaction