Conflits fonciers à Beni : quand le cadastre transforme les bornes litigieuses en frontières de paix

À Beni comme ailleurs dans l’Est de la RDC, les conflits liés aux limites parcellaires empoisonnent souvent la vie des quartiers. Voisins contre voisins, documents contestés, bornes déplacées… autant de situations qui dégénèrent parfois en tensions communautaires durables. Pourtant, un service public méconnu joue chaque jour un rôle décisif dans l’apaisement de ces différends : le cadastre. Grâce à son expertise technique et à ses archives foncières, il permet de sortir de l’émotion pour revenir aux faits. Témoignages et analyses révèlent comment cette institution contribue silencieusement à la cohabitation pacifique.

Conflits fonciers à Beni : quand le cadastre transforme les bornes litigieuses en frontières de paix

Dans les quartiers populeux de Beni, les limites entre deux parcelles peuvent parfois devenir des lignes de fracture. Un mur mal positionné, une clôture jugée trop empiétante, ou l’absence de bornes claires suffisent à envenimer les rapports entre familles voisines. Pourtant, plusieurs habitants reconnaissent aujourd’hui qu’une solution existe : le service du cadastre.

Madame Dorica, habitante de Beni, en témoigne sans détour : « Oui, je connais l’importance du cadastre, je l’ai constatée lors de la résolution du conflit entre moi et mes voisins à cause des limites parcellaires. Lorsque nous avions fait appel au service du cadastre, chacun de nous a montré ses documents, et les bornes ont été placées selon les mesures qui y étaient inscrites. Les tiraillements ont cessé, et nous vivons maintenant en paix. »

Ce récit, tiré du magazine Sauti ya Amani, illustre ce que beaucoup de résidents vivent au quotidien : le passage de la méfiance au dialogue, grâce à une intervention neutre et technique.

Le cadastre, un médiateur discret mais décisif

Contrairement aux idées reçues, le cadastre ne se limite pas à enregistrer des parcelles. Il intervient concrètement sur le terrain pour rétablir la vérité des titres fonciers. Quand un litige éclate, les agents comparent les documents des parties, consultent les archives, et matérialisent les limites réelles. Cette approche coupe court aux interprétations personnelles et aux souvenirs approximatifs.

Paluku Mirindi Moïse, président du regroupement Dynamique d’Intégration Chrétienne (une composante de la société civile), insiste sur cette complémentarité entre dialogue social et expertise technique : « Quand deux parties sont en conflit, on passe d’abord au dialogue. En cas de résistance, nous collaborons avec le service du cadastre. Comme c’est une matière technique, c’est elle qui détient des archives, des documents qui peuvent clarifier la situation pour les médiateurs. »

Cette collaboration entre société civile et cadastre montre que la résolution pacifique ne repose pas uniquement sur la bonne volonté : elle a besoin de preuves tangibles et d’un tiers légitime.

Au-delà des bornes, une culture de paix

L’intervention du cadastre ne se limite pas à planter des piquets. Elle participe à un apprentissage collectif. Chaque conflit résolu par les voies techniques et pacifiques renforce, dans l’esprit des parties, l’idée que le droit prime sur la force.

Comme le souligne notre interlocuteur dans le conducteur, une compréhension mutuelle, l’écoute active et l’intériorisation de la culture de résolution pacifique des conflits sont des éléments essentiels face aux litiges fonciers. En ce sens, le cadastre ne fait pas que délimiter : il éduque, à sa manière, à la paix quotidienne.

Un service à renforcer

Malgré son rôle crucial, le cadastre reste méconnu et parfois sous-équipé. À Beni, les habitants comme la société civile appellent à une meilleure visibilité de ce service et à un soutien accru. Car chaque parcelle bien délimitée, c’est un quartier un peu plus apaisé.

Dans une province où l’insécurité alimente déjà bien des souffrances, prévenir les conflits de voisinage par la technique et le dialogue est une forme discrète mais efficace de consolidation de la paix.

Rappelons que cet article a été réalisé à partir des éléments du magazine « Sauti ya Amani » : Synergie Sauti ya Amani / DDC.