« La guerre a déjà détruit une génération » : Thomas Kubuya refuse le silence face au drame de l'Est de la RDC
À travers un témoignage bouleversant, l'enseignant-formateur Thomas Kubuya dénonce la banalisation de la guerre qui ravage l'Est de la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies. Marqué par la perte de son père, de plusieurs membres de sa famille et de ses voisins, il affirme que rester neutre face à cette tragédie revient à cautionner le mal et appelle à un arrêt immédiat des hostilités.
« On ne peut être neutre lorsque son pays est en guerre et que sa propre famille en subit les conséquences. » C'est par cette déclaration sans équivoque que Thomas Kubuya, enseignant-formateur et coach, exprime son rejet catégorique de la guerre qui continue de meurtrir l'Est de la RDC.
Selon lui, chacun est libre d'avoir ses opinions politiques, mais lorsqu'une guerre détruit des familles entières et condamne des générations à vivre dans la peur, le silence ne peut plus être une option. « Rester neutre, c'est être complice du mal », martèle-t-il.

Âgé de 57 ans, Thomas Kubuya rappelle que toute sa vie d'adulte a été marquée par les conflits dans la région des Grands Lacs. Son fils aîné est né en pleine guerre il y a près de 27 ans, et aujourd'hui, il refuse que son futur petit-fils connaisse à son tour le même destin.
« J’ai perdu 32 ans de ma vie dans cette idiote guerre commencée en 1990 au Rwanda et dont nous avons subi les premières conséquences au Zaïre en 1994 avec le déferlement des millions des refugies rwandais chez-nous, puis la première bête guerre abusivement dite ‘de libération’ en 1996-1997 », martèle-t-il, évoquant avec émotion les événements qui ont suivi la crise rwandaise de 1994 ainsi que les guerres ayant éclaté sur le territoire congolais à partir de 1996. À ses yeux, ces conflits ont sacrifié toute une génération sans apporter la paix et la libération promises.
Mais c'est lorsqu'il parle de son histoire familiale que son témoignage prend une dimension particulièrement poignante.
« Mon propre père, une bonne partie de ma famille ainsi que plusieurs de mes voisins gisent encore dans une fosse commune depuis le 29 septembre 1996 et n'ont jamais eu droit à une sépulture digne », rappelle-t-il avec douleur.
Face à cette tragédie, le coach Thomas Kubuya affirme qu'il ne pourra jamais soutenir une guerre, quelle qu'en soit la justification.
« Elle m'a profondément blessé. Si certains n'ont jamais connu les affres de la guerre, qu'ils continuent à en faire l'apologie ou qu'ils la fassent eux-mêmes. Moi, jamais. Même pas en rêve, même pas pour venger les miens. La guerre est absurde et irrationnelle », insiste-t-il.
L'enseignant souligne également les souffrances quotidiennes des populations civiles, évoquant les conditions de vie dans les sites de déplacés de Kanyaruchinya, Bulengo, Nzulo, Muja, Don Bosco et dans plusieurs villages proches des lignes de front.
Pour lui, les millions de victimes enregistrées au fil des années démontrent que la guerre n'a jamais constitué une solution durable. Au contraire, elle a plongé le Grand Kivu dans un cycle de violences, de déplacements forcés et de misère.
Conscient que sa position peut lui valoir des critiques ou des interprétations politiques, Thomas Kubuya précise que son combat est avant tout celui d'un citoyen profondément meurtri, qui refuse de voir une nouvelle génération grandir sous les bombes.
En conclusion, il lance un appel pressant aux acteurs du conflit afin qu'ils renoncent aux armes et privilégient le dialogue. Son message résonne comme un cri du cœur de nombreux habitants de l'Est de la RDC :
« Tunachoka Vita » « Nous sommes fatigués de la guerre. »