Épidémie d’Ebola à Goma : les commerçants handicapés pris au piège de la frontière fermée

​​​​​​​Réapparu en 2026 dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 en République démocratique du Congo, plonge une fois de plus la région dans une crise sanitaire inédite. Pour endiguer sa propagation, les autorités ont partiellement fermé les frontières. Une décision nécessaire sur le plan médical, mais dont les répercussions sociales et économiques se font cruellement sentir, en particulier pour les populations les plus vulnérables.

Épidémie d’Ebola à Goma : les commerçants handicapés pris au piège de la frontière fermée

À Goma, ce sont les commerçants en situation de handicap qui paient le plus lourd tribut. Spécialisés dans le transport de légumes et de diverses marchandises entre le Rwanda et la RDC, ils se retrouvent soudainement privés de leur principal moyen de subsistance : leur mobilité. Contraints de rester chez eux, ils doivent désormais recourir à des intermédiaires pour acheminer leurs produits, ce qui grève considérablement leurs bénéfices.

Avant la crise, la traversée de la frontière était une formalité. Les commerçants se rendaient librement au Rwanda et revenaient avec leurs marchandises, maîtrisant ainsi toute la chaîne d’approvisionnement.

 « Avant, je traversais la frontière avec mes produits et je les revendais moi-même à Goma. Cela me permettait de payer mon loyer, de nourrir mes enfants, de financer leur scolarité et de subvenir à tous les besoins de ma famille », se souvient Maman Adeline, vendeuse handicapée, dont le quotidien a été bouleversé.

La fermeture des postes-frontières a radicalement transformé les règles du jeu. Aujourd’hui, plus aucun Congolais n’entre au Rwanda, et inversement. Les échanges se font désormais dans une zone neutre, où les Rwandais déposent les marchandises que les Congolais viennent récupérer.

« Le problème, c’est que nous ne savons pas combien la marchandise a réellement été payée. L’intermédiaire nous fixe son propre prix pour l’acheminement, et nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter, quel que soit le montant », déplore Maman Jacqueline Kavira, illustrant la perte de contrôle et d’autonomie financière subie par ces commerçants.

Ce commerce transfrontalier était autrefois structuré autour de deux coopératives, l’AHPT et la COTRARU. Leurs membres négociaient eux-mêmes avec les fournisseurs rwandais et ramenaient personnellement leurs cargaisons. Aujourd’hui, ce système est totalement paralysé, privant ces structures de leur raison d’être.

Face à cette impasse, les commerçants handicapés, par la voix de Joseph, vice-président de l’AHPT, interpellent les autorités :

« Nous leur demandons de mettre en place des mesures barrières adaptées à notre réalité, afin de nous permettre de continuer à travailler et de nourrir nos familles. Nous sommes prêts à porter des masques, à nous laver les mains régulièrement, à faire contrôler notre température et à éviter tout contact physique. Nous respecterons scrupuleusement toutes les consignes sanitaires », plaide-t-il.

Alors que l’épidémie d’Ebola continue de menacer la région, ces commerçants handicapés, livrés à eux-mêmes, espèrent des solutions pragmatiques qui concilient impératif sanitaire et survie économique. Leur appel résonne comme un cri d’alarme : sans adaptation des mesures, la lutte contre le virus risque d’achever ce qu’il reste de leur autonomie et de leur dignité.

Par Viviane Lukangila Bahati