Rutshuru : l’abondance des haricots cache la détresse des paysans abandonnés
Au marché de Kiwanja, les sacs de haricots s’entassent les uns sur les autres. Des montagnes de grains récoltés avec patience et courage par les agriculteurs de Rutshuru. Mais derrière cette apparente prospérité, c’est une réalité amère qui s’impose : les prix s’effondrent, et les paysans aussi.
Dans les collines du territoire, les cultivateurs ont semé avec espoir, travaillé leurs champs malgré l’insécurité, prié pour une bonne saison agricole. Leur souhait s’est réalisé trop bien même. La surproduction non encadrée a provoqué une chute brutale des prix : le haricot se vend désormais à un niveau dérisoire, parfois même inférieur au coût de production.
« On ne récolte plus que la fatigue », déplore un cultivateur de Kako, son sac de haricots toujours invendu après trois jours d’attente au marché.
Une crise aggravée par l’absence de l’État
À la faiblesse des prix s’ajoute une carence structurelle : aucune route d’évacuation agricole digne de ce nom, aucun entrepôt de stockage et aucun effort d’organisation du marché.
Livrés à eux-mêmes, les paysans n’ont d’autre choix que de vendre à perte, souvent à des commerçants venus de très loin, qui dictent leurs propres tarifs.
Insécurité à l’est, marché impitoyable à l’ouest
Comme si cela ne suffisait pas, la peur continue de régner dans plusieurs localités du Nord-Kivu. À Lubero comme à Beni, les attaques des ADF poussent des familles à l’exode, laissent des champs abandonnés, des greniers vides.
Là où l’on cultive, il y a l’insécurité. Là où la sécurité revient, c’est le marché qui étrangle les revenus.
Un paradoxe cruel dans une région où les villes manquent de nourriture, alors que les campagnes croulent sous la production sans aucun système pour faire le lien.
Un appel pressant à l’action
Face à cette crise silencieuse, les voix paysannes se multiplient. Les producteurs du Nord-Kivu demandent : la réhabilitation urgente des routes de desserte agricole, un encadrement des prix pour empêcher les abus et la sécurisation des villages et des zones de production.
Sans ces mesures, préviennent-ils, la terre nourricière risque de devenir terre de misère. Et à Kiwanja, les sacs de haricots continueront de s’empiler… comme les frustrations.
Victor Muhindo