Crise silencieuse à Goma : les orphelinats à bout de souffle face à l’abandon humanitaire
Alors que l’attention médiatique se concentre sur les affrontements armés et les tractations politiques dans l’Est de la RDC, une autre tragédie se déroule à huis clos : des centaines d’enfants dans les orphelinats de Goma survivent dans l’oubli, entre famine, maladie et désespoir.
Un drame ignoré derrière les murs
La ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, est aujourd’hui confrontée à une détresse humanitaire moins visible mais tout aussi alarmante. Loin des projecteurs braqués sur les combats et les discours diplomatiques, les orphelinats de la ville vivent une situation de plus en plus critique. Manque de nourriture, pénurie de soins, absence de soutien : les signes d’une crise profonde s’accumulent.
À l’orphelinat Amour Foyer de l’Espérance, fondé en 2013, 109 enfants tentent de survivre dans des conditions de plus en plus précaires. « Depuis le début de l’année, la vie est devenue presque impossible. Ceux qui nous aidaient ont disparu », confie Judith K., responsable de la logistique. Dans les dortoirs exigus, les visages marqués des enfants révèlent une réalité douloureuse : la faim chronique, l’anxiété constante, et un sentiment d’abandon.
Une situation généralisée
Le cas de cet orphelinat n’est malheureusement pas isolé. De nombreux établissements similaires à Goma connaissent la même détresse. « C’est toute la ville qui est touchée. Plusieurs orphelinats se retrouvent sans aucun appui. Même nourrir les enfants une fois par jour est devenu un défi », témoigne un travailleur social local.
Dans une ville en proie à l’instabilité sécuritaire, avec certaines zones sous contrôle de l’alliance AFC/M23, les ONG ont du mal à satisfaire les besoins des bénéficiaires. Les chaînes d’approvisionnement humanitaire sont perturbées, les financements se raréfient, et les infrastructures sociales s’effondrent.
Des conséquences dramatiques
Les répercussions sont immédiates et profondes : malnutrition sévère, propagation de maladies non prises en charge, interruption de la scolarité et perte progressive de repères psychologiques chez les enfants. Plusieurs orphelinats, faute de moyens, sont contraints de renvoyer les enfants dans des familles d’accueil précaires, quand ils ne sont tout simplement pas livrés à eux-mêmes dans les rues.
Un cri d’alerte étouffé
Selon les témoignages recueillis sur le terrain, la majorité des orphelinats de Goma fonctionnent sans aucun appui institutionnel. Seuls quelques bénévoles locaux essaient, tant bien que mal, de combler les vides laissés par le désengagement humanitaire. Mais leurs efforts restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Dans un contexte d’instabilité persistante, il devient urgent de redonner une visibilité à cette crise silencieuse. Car derrière chaque enfant oublié, c’est toute une génération qui risque d’être perdue.
Par Yassin Ndaye